De Radio de Kong à RFI : ce que le terrain m'a appris
Mon parcours entre radio communautaire, production quotidienne et immersion internationale a structuré ma façon de travailler. Ce n'est pas une trajectoire linéaire — c'est justement ce qui fait sa force.
Tout
commence à Kong, en 2012
En 2012-2013, je participais à
l'installation de la première radio communale de la ville de
Kong, dans le nord de la Côte d'Ivoire.
Kong, c'est une ville historique, ancienne cité marchande de l'islam soudanien.
Faire naître une radio dans ce contexte, ce n'était pas juste poser des
équipements — c'était connecter une communauté à sa propre voix, souvent pour
la première fois.
J'avais vingt et quelques années. Il n'y
avait pas de manuel, pas de technicien senior à appeler. Tout s'apprenait dans
l'action : le câblage, les niveaux de modulation, la gestion des micros, la
relation avec les journalistes, la programmation de grille. La contrainte
technique était permanente, le droit à l'erreur quasiment nul une fois
l'antenne ouverte.
C'est là que j'ai compris une chose
fondamentale : la radio ne pardonne pas l'approximation. Pas par orgueil — mais parce qu'une erreur de niveau sonore, un
conducteur mal préparé, un silence non géré, ça s'entend immédiatement. Le
direct est un révélateur implacable.
Six ans
à Radio de Katiola : construire dans la durée
Après Kong, j'ai rejoint la Radio Communale de Katiola 93.5 FM où j'ai exercé
pendant six ans comme Responsable Technique et Animateur-Réalisateur. Six ans à
gérer une radio dans sa globalité : les équipements, les émissions en direct,
le montage, les jingles, la coordination des équipes, les reportages terrain.
Ce que la durée apprend, c'est que les
vrais problèmes ne sont pas techniques — ils sont organisationnels. Comment
passer le flambeau entre équipes ? Comment archiver correctement les émissions
? Comment éviter que le conducteur imprimé du matin soit déjà obsolète à 10h ?
Ces questions m'ont accompagné pendant des années, sans réponse satisfaisante à
portée de main.
C'est de cette frustration quotidienne
que sont nés, des années plus tard, les projets ConductR et WaveBridge. Pas d'une idée abstraite — mais d'une
accumulation de situations vécues où l'absence d'outil adapté coûtait du temps
et de l'énergie à toute une équipe.
Radio de
la Paix : la transformation numérique en acte
En rejoignant Radio de la Paix à Abidjan comme Technicien
Chargé de Réalisation, j'ai pu mettre en pratique ce que des années de terrain
avaient mûri en moi. Mise en place de la radio filmée, déploiement du streaming
en direct, création du nouveau site web, développement de ConductR comme
plateforme de gestion éditoriale — tout cela en parallèle de la production
quotidienne.
Ce n'est pas un hasard si ces projets
ont vu le jour ici. Une radio de service avec une mission claire — "Se parler, s'écouter, se comprendre" — offre un terrain d'expérimentation exigeant. Chaque outil déployé
devait fonctionner dès le premier jour, dans des conditions réelles.
L'immersion
internationale : RFI et l'INA
En janvier-février 2025, j'ai eu la
chance, dans le cadre de la Bourse Ghislaine
Dupont & Claude Verlon 2024, de passer deux mois
à Paris — une formation à l'Institut National de l'Audiovisuel et un stage dans
les studios de RFI Afrique.
J'y ai découvert des systèmes que je
connaissais de réputation : Nétia, PRadio, CoEd,
.... Des workflows rodés depuis des
décennies, des standards de production impeccables, une rigueur éditoriale et
technique que j'ai pu observer de l'intérieur. C'était un privilège rare.
Mais ce séjour a surtout confirmé une
intuition que j'avais depuis longtemps : nos radios africaines
n'ont pas besoin de copier RFI. Elles ont besoin
d'outils adaptés à leurs contextes, à leurs équipes, à leurs contraintes
d'infrastructure. La sophistication ne vaut rien si elle n'est pas accessible
et appropriable.
« Le terrain m'a appris la discipline. L'international
m'a appris la précision. Ensemble, ils ont construit une vision très simple :
relier l'exigence technique à l'utilité concrète pour les équipes. »