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Reflexion 13/03/2017 12 min de lecture 995 vues

Le mariage de Kong (Konya)

À Kong, terre natale des Dioula-Malinké de Côte d'Ivoire, le mariage traditionnel (Konya) suit un processus précis mêlant Islam et coutume ancestrale : la demande, la dot et la célébration, rythmées par des rites transmis de génération en génération. Article publié initialement en 2017.

Le mariage de Kong (Konya)

I. Introduction

Partout dans le monde entier, le mariage est un événement qui arrive au moins une fois dans la vie d'un Homme. C'est un acte très spécial qui a pour but unique d'unir des êtres humains de sexe opposé, deux familles, deux villages, deux villes et deux nations pour toute la vie jusqu'à preuve du contraire. En plus de son caractère d'union, le mariage est une sorte d'initiation et d'autonomisation du couple dans la vie active. Il peut être célébré de différentes manières avec plusieurs étapes selon les coutumes et les valeurs religieuses. À Kong, cet événement révèle deux grands aspects qui sont l'aspect religieux et l'aspect traditionnel.

L'aspect religieux est basé sur l'appartenance de l'époux et l'épouse dans l'Islam. Quant même bien que nous ayons plusieurs religions à travers le monde entier, l'on fait recours au livre saint de l'Islam qui est le Coran lorsque nous sommes confrontés à une appartenance religieuse opposée du futur couple, et procéder au mariage proprement dit selon les règlements de l'Islam.


Et l'aspect traditionnel est la même routine dans le déroulé du mariage depuis les temps anciens, certes, bien évidemment, avec la modernisation, certaines de nos coutumes et valeurs ne sont plus respectées comme par exemple la conservation de sa pudeur jusqu'au jour du mariage.


Ainsi, plusieurs mariages peuvent être célébrés à la fois par ce qu'il y a beaucoup de chance chez les Dioula qu'un seul lamissa (jeudi) soit retenue pour plusieurs mariages, généralement en mois de Mahouloud ou à défaut le moment choisi par le Konyon tchè.

Il comprend généralement trois étapes à savoir la demande, la dote et le mariage.

La demande (dahri khè)

Pour fiancer le couple, l'on entreprend plusieurs démarches entre les deux familles respectives, le démarcheur est un parent de la famille du marié, ce dernier se rend à la famille de la mariée s'adressant au père ou celui qui est en charge de la jeune fille, avant de demander les nouvelles (manian dih) l'on fait la Fatiha qui est la première sourate du Coran qui est récitée pour démarrer toutes activités chez les musulmans.


Ensuite le démarcheur dit les propos suivants :

  • bassithè qui veut dire rien de grave ou pas de soucis, notre fils du nom de telle personne à vu et admiré votre fille du nom de telle personne, et nous la sommes venu la demander en mariage pour notre fils dans les limites de l'Islam.

Et le père ou la personne en charge de ladite fille va répondre par ceci :

  • ahiwa qui veut dire d'accord, compris ou entendu, nous avons entendu votre demande et nous vous demandons de revenir dans une ou deux semaines, une fois terminé il prend congé de sa future belle-famille.

Cependant, la famille du futur konyon mousso fait appel à la jeune dame pour confirmer les dits, puis réunir les autres membres de la famille voir s'il n'y a pas d'inconvénient, elle est fiancée sur demande. Ensuite l'information est officiellement donnée au jour convenu pour le rendez-vous, on dit ainsi que ''lablari khè ra'' qui signifie que la femme est officiellement fiancée, et la famille de konyon tchè s'acquitte d'une somme de 7000f CFA appelée ''some sogo'', some en dioula veut dire rappel et sogo veut dire viande. Cette somme est partagée à la grande famille de konyon mousso pour avertir. Enfin la grande famille de konyon tchè organise une salutation en groupe au sein du quartier (Kabila) pour remercier la famille de konyon mousso d'avoir donné leur fille, cela est appelé ''konyon forih'', Konyon désigne en général la mariée et forih en dioula veut dire saluer ou remercier. Puis à l'unanimité les deux familles choisissent la date du mariage (konya) dont le jour juré est toujours un jeudi (lamissa).

Après tout cela, une sœur ou une autre femme (bara tchè) est choisie par konyon tchè lui-même pour coordonner toutes les activités de konya, entièrement financée par konyon tchè, et le konya (mariage) se déroule chez konyon moussoh.


II. Le matériel du mariage (fouroussirih minan)

Les matériels du mariage sont spécifiques et diversifiés pour des buts bien précis, il est composé des choses suivantes :

  • une (01) natte pour la prière appelée ''chèri dêwê''
  • une natte (01) pour se coucher appelée ''lah dêwê''
  • deux (02) voiles pour couvrir la tête et le visage appelés ''laganan''
  • deux (02) chaussures pour porter bien sûr appelées ''sawara''
  • un pagne traditionnel pour s'habiller appelé ''faniba ou gbagyan ladegui''
  • douze (12) colas pour celer le lien du mariage appelés ''fouroussirih woro''
  • les fils de coton pour celer appelés ''coroné djéssé''
  • les feuilles de cola pour contenir les 12 colas appelées ''woro flabourou''
  • une (01) bassine pour contenir tous les matériels appelée ''djémé''
  • une somme de 20.000f CFA et quatre (04) paquets de bonbon appelés fourouh (mariage) nanforo (fortune)

III. Célébration du mariage

La célébration de konya se fait en plusieurs étapes chez les Dioula de Kong et toutes les activités en général de la célébration se font par les femmes les plus âgées et les autres filles déjà mariées ou non.

Une fois tout le matériel est réuni et la date convenue est arrivée, la coordinatrice (bara tchè) qui dispose d'un fond nécessaire pour couvrir le mariage verse une somme de 20.000f CFA pour la popote qu'on appelle ''nan songoh'', et 15.000f CFA que la tradition exige, appelée ''bara tchè boro lafafah'', et désigne ce qui complète la popote.

1) Siman yirah (siman = semence, yirah = présenter ou montrer)

Le dimanche, on procède à la présentation de 6kg de sucre et deux sacs de sel qui constituent la première étape de konya (le mariage). Cette étape est le siman yirah, siman = semence qui peut être maïs, mil ou sorgho, et yirah = présenter ou montrer.

2) Yanh dogo bohun (yanh = visage, dogo = cacher, bohun = maison)

Le lundi, konyon mousso rentre dans une maison où son visage sera couvert de voile, puis on commence yan nonogo to tehw qui est un repas de ''kabatoh'' et bouillie préparés matin et soir pendant quatre jours, ce qui n'empêche pas le déroulé des autres étapes.

3) Konyon Sarah (konyon = la mariée, Sarah = au revoir ou avertir)

Le mercredi, jour de Konyon Sarah, c'est une sorte de promenade accompagnée de chants avec konyon mousso distinguée par un foulard noir sur la tête, avec un groupe de jeunes filles, pour dire un grand au revoir à la famille et aux amis. Ça commence généralement à partir de 16h et prend fin aux environs de 21h-22h selon le nombre de konyon mousso.

4) Konyon Kourou (Kourou désigne une danse)

Après le konyon Sarah, ce même mercredi très tard la nuit, aux environs de 00h, une danse est organisée où konyon mousso — avec les queues de chevaux en main — est en haut, sur le cou d'un homme qui la prend. Elle reste en haut sur le cou et danse au rythme du tam-tam. La danse finit entre 2h et 3h du matin.

5) Fourouh sirih

Le jeudi, jour le plus important du mariage (lamissa). Ce jour-là, le matin les hommes se réunissent dans la petite mosquée (bourou) du quartier (Kabila) pour celer le lien sacré du mariage avec tout le matériel cité ci-dessus, afin de déclarer officiellement monsieur et madame mariés pour toute la vie, dans les limites et le respect de l'Islam. Cette cérémonie a lieu exclusivement entre hommes. Pendant que le mariage se déroule, si l'on constate que la mariée est enceinte, on ne peut pas faire le fourouh sirih, c'est-à-dire que le lien sacré du mariage ne peut pas être célé sur une grossesse jusqu'à l'accouchement. Cependant, tout le reste du déroulé du mariage se fait dans les normes sans aucun changement, et la femme peut vivre chez son mari.

6) Konyon barah

Le soir du jeudi, après le fourouh sirih, commence le konyon barah qui constitue trois étapes. D'abord, les femmes lavent la tête de konyon mousso, ce qui désigne le passage de la vie célibataire à la vie conjugale, qu'on appelle konyon kou (tête) kouho (laver). Après avoir lavé la tête, on va maquiller la mariée à travers les bijoux, les boucles d'oreilles, et elle est habillée en pagne traditionnel, avec les mains et les pieds tatoués de couleur noire. Ensuite elles commencent le konyon boro (main) yila (griller) qui consiste à griller la viande de cabri déjà égorgée et découpée. Voilà comment ça se passe : konyon mousso grille la viande avec l'aide des femmes qui l'entourent en chantant un chant religieux. Ce chant est la première parole de soumission à Allah, le Chah ada : lahillaha ilallaho Mouhamadou Rasouloulah, qui signifie : il n'y a de Dieu que Dieu et Mouhamadou est son Messager. Enfin, pour terminer le konyon bara, la mariée est entourée de nouveau par les femmes pour des conseils sur la vie du mariage et le respect de l'époux et de toute sa famille.

Ces sages conseils sont traduits par des chants dont voici un exemple :

« a siyagaler si biais wari bla déh gan nan… si biais wari bla déh gan nan, baba yé lato bla gan nan héhééé »

Ce qui signifie : « toutes les races me font don d'argent, mais mon père me fait don d'enfant » — une parabole où le mari est indiqué par le nom du père. Ces chants sont accompagnés de dons individuels, considérés comme des sacrifices pour bénir le mariage.

Après le konyon bara, dans la nuit du vendredi, on accompagne la mariée dans la chambre de son mari pour y passer la nuit, et le vendredi matin elle est ramenée dans yan dogo bohun pour la dernière étape du mariage.

Dans l'ancien temps, pendant la nuit le couple est assisté par la coordinatrice du mariage (bara tchè) : si l'homme découvre que la jeune fille a conservé sa pudeur jusqu'au mariage, cela donne lieu à une petite fête le vendredi matin, annoncée par un coup de fusil tôt le matin. Mais si c'est le contraire, la jeune femme sort de la chambre de son homme pour se réfugier dans une autre famille, puis cette famille va demander pardon à la famille de la jeune fille, avec le premier homme que la femme a connu dans sa vie s'il est là. Mais cette pratique n'est plus en usage de nos jours.

7) Konyon toh dagah (toh = manger, dagah = marmite)

Konyon toh dagah est un repas préparé au nom de konyon moussoh pendant trois jours, à commencer le samedi, le dimanche et le lundi. Pour clore cette dernière étape du mariage, le mardi matin un autre repas spécial de bouillie est préparé à l'honneur de la mère de la mariée, qu'on appelle déh nan bagah téhou, et qui signifie repas de bouillie pour la mère de la mariée. Et le soir, la mariée est accompagnée chez son mari afin de commencer sa nouvelle vie dans le respect et les limites de l'Islam.


IV. Walman

Walman est une manière courte et moins chère de célébrer le mariage chez les Dioula de Kong, lorsque la jeune femme a été mariée dans le passé, ou n'ayant pas assez de moyens pour célébrer le mariage dans les normes. Dans ce cas, le mariage ne dure que trois jours, à commencer par le jeudi, le vendredi et le samedi, et se déroule comme suit :

D'abord, le jeudi matin on fait le fourouh sirih avec le matériel recommandé pour celer le lien sacré du mariage.

Ensuite, le vendredi on fait le konyon bara.

Enfin, le samedi on fait le konyon toh dagah et le déh nan bagah téhou, puis la femme est accompagnée chez son mari afin de commencer sa nouvelle vie dans le respect et les limites de l'Islam.


V. Conclusion

En un mot, le mariage dans le pays mandingue, singulièrement chez les Dioula de Kong, est basé sur l'Islam et la tradition. Et sa célébration regroupe deux grandes catégories.

En catégorie une, nous avons le cas des femmes n'ayant jamais été mariées, dont le fiancé est financièrement prêt pour célébrer le mariage dans les normes. Et le déroulé est composé de sept (07) étapes différentes qui sont :

  1. Siman yirah (siman = semence, yirah = présenter ou montrer)
  2. Yanh dogo bohun (yanh = visage, dogo = cacher, bohun = maison)
  3. Konyon Sarah (konyon = la mariée, Sarah = au revoir ou avertir)
  4. Konyon Kourou (Kourou désigne une danse)
  5. Fourouh sirih (fourouh = mariage, sirih = celer)
  6. Konyon barah (bara = travail)
  7. Konyon toh dagah (toh = manger, dagah = marmite)

En catégorie deux, l'on dit que le mariage se fait en Walman lorsque la femme a été déjà mariée par le passé, ou lorsque le fiancé n'a pas assez de moyens pour financer le mariage. Le Walman ne dure que trois jours et comprend trois étapes qui sont :

  1. Fourouh sirih (fourouh = mariage, sirih = celer)
  2. Konyon barah (bara = travail)
  3. Konyon toh dagah (toh = manger, dagah = marmite)
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